Robert Morin : le cinéaste sensible

Robert Morin : le cinéaste sensible

Le 4 avril, au Cégep de Drummondville, des étudiants d’arts, lettres et communication étaient rassemblés dans la salle Georges Dor.  Pourquoi un tel attroupement d’étudiants ? Tout simplement parce que Robert Morin,  le grand cinéaste qui a marqué le cinéma québécois depuis plusieurs années maintenant, était présent pour partager ses connaissances cinématographiques. Je faisais partie de ces élèves qui écoutaient attentivement les propos échangés. Des propos qui m’ont captivée et intriguée par leur singularité. Des propos qui ont amené une meilleure compréhension du cinéaste. 

Pour être honnête, voilà seulement deux semaines que j’ai découvert le génie de Robert Morin. Lorsque votre professeur exige la rédaction d’une chronique sur ce cinéaste, la nécessité de vous aventurer dans l’univers imprévisible et énigmatique de ses films s’impose.

Vous devez savoir que Robert Morin n’a pas toujours vécu dans un milieu où l’allégresse domine. En effet, il a habité le quartier Côte-Saint-Paul à Montréal. Le cinéaste a donc côtoyé une population défavorisée dans un quartier où, chaque soir, cris et pleurs se mélangeaient. Une grande majorité de ses films découle directement de cette empathie qu’il a développée pour ceux qu’il appelle maintenant« les maganés ». On peut alors affirmer que cet environnement social, dans lequel il a grandi, constitue certainement un bagage essentiel où il puise désormais pour créer  son art actuel.

Robert Morin lors de la conférence au Cégep de Drummondville le 18 avril dernier (crédit  photo : Cégep de Drummondville - service des communications)

Robert Morin lors de la conférence au Cégep de Drummondville le 18 avril dernier (crédit  photo : Cégep de Drummondville - service des communications)

Par exemple, dans le film Quiconque meurt, meurt à douleur, on retrouve cette détresse psychologique qui anime plusieurs personnages dans ses films. La projection de cet extrait  aconstitué l’un des moments forts de la conférence à mon avis. Effectivement, cela a permis de comprendre comment Robert Morin exécute des films si réalistes qu’on a l’impression d’assister à un documentaire. C’est bien sûr l’une des particularités de ses films, dans lesquels fiction, documentaire et réalité semblent fusionner. Histoire de vous mettre un peu en contexte, Quiconque meurt, meurt à douleur raconte la prise d’otage de policiers par des « junkies ». Afin de rendre le tout concret, il a choisi de vrais toxicomanes, qui connaissaient l’univers de la drogue et du crime. Il s’est enfermé avec ces acteurs amateurs dans un appartement pendant 15 jours, sans que quiconque ait la possibilité de sortir. Les scènes qui en résultent sont donc extrêmement réalistes. La tension entre les personnages est palpable, certainement due à cette proximité réelle et non factice.

Or, ce qui m’a par-dessus tout marqué lors de cette conférence, c’est lorsque Robert Morin a affirmé que son but, avec ce film, était de faire connaître aux spectateurs des personnages tragiques. Des protagonistes qui incarnent, par leur souffrance intérieure, le malheur. Des protagonistes pourvus de failles. Comme Robert Morin l’a mentionné, chaque être humain possède un aspect plus sombre. Cette perception me semble une preuve d’empathie pour les marginaux et pour l’être humain en général. Mieux encore, elle amène un jugement plus réfléchi, une certaine sensibilité. Même si certaines personnes dans la salle ne semblaient pas comprendre son point de vue, moi, j’avais l’impression de cerner la nuance de son propos.

Cette perception qu’il a de l’humain a été un élément clef de la conférence. On comprend alors que cette empathie joue un rôle important dans la création de ses films. Effectivement, dans son œuvre Requiem pour un beau sans-cœur, le personnage principal est un criminel endurci, un meurtrier. Si l’on peut croire immoral d’octroyer à cet assassin un aspect plus touchant, pour Robert Morin, c’est totalement différent. Il tente en fait de dépeindre le personnage en plusieurs points de vue. Ainsi, le spectateur peut alors juger par lui-même, selon ses capacités morales, le personnage qui se trouve devant lui. Le cinéaste ne lui impose donc pas l’image d’un monstre sans-cœur. Comme Robert Morin l’a très bien rappelé à la fin de la conférence, son but, « c’est de rendre le spectateur seul responsable du jugement final. »

Cette sensibilité et cette compréhension de l’humain évoquées dans la conférence font de ses films des œuvres à la fois marquantes et  dérangeantes. Cette idée de donner aux spectateurs la responsabilité de juger par lui-même le protagoniste m’apparaît exemplaire. Cela nous laisse un pouvoir de jugement, le pouvoir de se positionner sur la véritable nature de ses personnages. Voilà la particularité de son génie.

L'Histoire à travers le prisme du noir

L'Histoire à travers le prisme du noir

Un univers qui nous vire à l'envers

Un univers qui nous vire à l'envers