Et même au-delà

Et même au-delà

Il n’est plus un secret pour personne que tous les quatre ans, le mois de février se rallonge d’une journée. Les années bissextiles sont acquises, font partie de nos vies. Il reste que cette manipulation du calendrier reste mystérieuse, et c’est ce qui fait du roman L’année la plus longue une lecture des plus intéressantes. Daniel Grenier, l’auteur de cette œuvre publiée en 2015, se penche sur le sujet, mettant sur papier une hypothèse : et si les gens nés un 29 février vieillissaient quatre fois plus lentement?

Ce questionnement quant aux années bissextiles met la table à un sujet de réflexion qui ne laisse personne indifférent, soit celle sur le temps. L’un des protagonistes du roman, Aimé, est un être exceptionnel. Né le 29 février 1760, il ne vieillit qu'aux quatre ans. L’un de ses descendants, Thomas, né la même date en 1980, mais vieillissant normalement, devient un scientifique qui mettra au point un sérum d’immortalité. Les destinées de ces deux hommes se ressemblent tout en étant radicalement différentes. En effet, le premier vivra plus de 200 ans, et cette longévité, tant désirée par plusieurs, ne le laisse pas indemne. Jamais, il n’a pu réellement s’attacher à quelqu’un. Cette vie ralentie, de son point de vue, devient plus une malédiction qu’un cadeau. Il est donc possible de se demander si son descendant, Thomas, avec son sérum permettant à l’humanité de vivre indéfiniment, n’est pas en train de commettre une erreur … Cette réflexion, qui en devient naturellement une sur la vie, mais surtout sur la mort, hante le lecteur jusqu’aux dernières lignes. Une fois refermé, ce roman reste ancré dans l’esprit, amenant ainsi à réfléchir, ce qui n’est pas pour déplaire.

Il va sans dire que pour relater le parcours d’un être tel qu’Aimé dans un roman, d’importants sauts temporels (ellipses) sont nécessaires. Daniel Grenier va même plus loin : la deuxième partie (sur trois), consacrée à Aimé, est présentée dans un désordre chronologique. Alors que ce choix, qui brise évidemment le rythme de la lecture, pourrait devenir source d’incompréhension, il devient plutôt plausible avec la mise en relation de cette dispersion de fragments, de souvenirs, avec la mémoire d’Aimé lui-même : « Cet homme était mort dans les années soixante. Lesquelles? Les années soixante du dix-neuvième ou du vingtième? Que de questions, il n’en était plus  certain. » Il est également important de savoir que le récit est basé sur les carnets du père de Thomas, Albert. Cette manière de présenter leur ancêtre peut alors venir du fait de la difficulté à retracer dans le temps et dans l’espace cet individu peu commun. Le trouble causé par cette chronologie modifiée étant justifié, le lecteur pardonne à l’auteur.

Bref, celui qui a complété une thèse de doctorat à l’UQAM abordant l’histoire de la littérature états-unienne nous livre un roman au récit des plus surprenants, qui enseigne une histoire, celle de la vie et de la mort, et même au-delà.

(Crédit pour l'image de couverture du livre : Grenier, Daniel. L'année la plus longue, Le Quartanier, 2015.) 

La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette

La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette

Se frotter aux sujets pointus de Clara B.-Turcotte

Se frotter aux sujets pointus de Clara B.-Turcotte