House of leaves: le roman-labyrinthe

House of leaves: le roman-labyrinthe

              J’ai choisi, pour cette première chronique portant sur la littérature américaine du 21e siècle, une oeuvre considérée par plusieurs comme le dernier grand roman culte en date aux États-Unis : House of leaves de Mark Z. Danielevski, publié en 2000.

            Tenter de résumer ce roman postmoderne, dans lequel le contenu et la forme du texte ont une importance quasi semblable, est en soi un exercice assez laborieux. Disons pour commencer qu’un quidam décidant de feuilleter nonchalamment le livre sera immédiatement surpris par la présence de différentes polices d’écriture utilisées par l’auteur, de même que par des éléments graphiques inhabituels : certaines pages ne contiennent que quelques mots disparates ou qu’un seul paragraphe placé de biais dans un coin supérieur de la feuille, d’autres sont au contraire surchargées de notes en bas de page minuscules, mais elles peuvent être si exponentielles que souvent elles prennent davantage de place que le texte de base! Cependant, celui qui n'a que feuilleté le livre ne sait pas que certains passages du roman sont littéralement un labyrinthe, c’est-à-dire que le lecteur doit par exemple arrêter sa lecture de l’histoire pour aller lire une note en bas de page, laquelle le renverra à l’un des nombreux appendices à la fin du livre qui pourra n’être qu’une photo, quelques lettres reproduites ou… un recueil d’une cinquantaine de poèmes! Le lecteur pourra ensuite reprendre le fil de l’histoire là où il l’aura laissé, jusqu’à une autre entourloupette de la sorte.

            Mais alors, et l’histoire dans tout ça? Justement, l’histoire est liée à tous ces éléments formels puisqu’il y a en fait trois récits imbriqués l’un dans l’autre et qui parlent tous d’un… labyrinthe! Le récit premier, celui qui englobe les deux autres, a pour narrateur Johnny Truant, un tatoueur de Los Angeles écorché par la vie et ayant de graves problèmes de consommation ainsi que des relations douteuses, qu’il détaille copieusement. Sa vie bascule le jour où, avec un ami, il découvre une très longue étude abondamment annotée, écrite par un voisin aveugle récemment décédé, et portant sur un film… qui n’a jamais existé. Cette monumentale analyse cinématographique constitue le «récit» deuxième du roman, le troisième étant le scénario de ce film mystérieux : The Navidson report. Le scénario met en scène une famille américaine typique qui emménage dans une maison ancestrale de la Virginie et qui découvre rapidement que la nouvelle habitation n’est pas normale : en faisant de petits travaux de rénovation, Navidson, père et photographe professionnel, découvre que les dimensions intérieures de la maison dépassent de quelque peu ses dimensions extérieures! Bientôt, une nouvelle porte apparaitra dans le salon, laquelle s’ouvre sur un labyrinthe d’une dimension infinie puisqu’il s’agrandit sans cesse. S’y aventurer sera une expérience dangereuse pour Navidson: le labyrinthe recèle de nombreuses surprises. Mais ce sera également une épreuve pour sa femme Karen, ancienne mannequin angoissée restée seule avec ses deux enfants dans une maison qui a de plus en plus le pouvoir de tuer ses locataires.

            Ouf! Vous aurez compris que House of leaves ne ressemble en rien à quoi que ce soit qui ait pu se retrouver un jour entre vos mains! Entrer dans ce roman est une aventure dont les premiers mots font figure d’avertissement : «This book is not for you.» Le lecteur sera sans cesse émerveillé par la diversité incroyable de ce livre : roman, journal intime, essai, poésie, scénario, correspondance, etc., de même que par la structure labyrinthique qui lie le tout, sans oublier qu’il sera assurément absorbé par l’épopée terrifiante de Navidson qui fera tout pour sauver sa famille des griffes de sa maison diabolique! Un livre à lire absolument! 

 

                                                                                               

 

L'école fondamentale (1/4)

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Toujours loquaces!

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