Pierre Bonnard couleur radieuse

Pierre Bonnard couleur radieuse

Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) a récemment inauguré, le 24 juin 2016, son magnifique nouveau pavillon Pierre-Lassonde, du nom de l’entrepreneur québécois qui a fait fortune dans le secteur minier et qui a fait don de dix millions de dollars pour contribuer à la réalisation du pavillon. Une des premières expositions d’envergure à profiter des impressionnantes installations de ce superbe pavillon à la fine pointe de l’architecture moderne avec notamment ses niveaux en porte à faux (qui vous donnent l’impression de flotter) a pour sujet le peintre français Pierre Bonnard, le plus illustre représentant du mouvement nabi, et ce, en exclusivité nord-américaine, ce qui la rend encore plus exceptionnelle.

Si Pierre Bonnard (et les autres membres du mouvement des nabis) n’a pas atteint la renommée d’autres grandes figures du postimpressionnisme tels Cézanne, Van Gogh et Gauguin, renommée qui dépasse de très loin les simples frontières de la France et même de l’Europe, son œuvre prolifique reste toujours d’un grand intérêt et d’une grande pertinence aujourd’hui.  L’exposition Pierre Bonnard : la couleur radieuse du MNBAQ lui rend absolument justice.

Située bien en évidence après avoir passé les portes du pavillon et traversé le hall d’entrée, l’exposition nous dirige tout d’abord à gauche grâce à un grand mur à 45 degrés vers les premières peintures de Bonnard, rassemblées sous le thème de Scènes d’intérieur. Une des toiles les plus célèbres du peintre, Le pont du carrousel à Paris, se trouve dans cette première salle de l’exposition, qui nous invite à faire un cercle autour d’un pilier central triangulaire pour nous ramener à passer devant Le pont. Les toiles de cette première pièce sont rehaussées par des murs – parfois saillants – jaunes qui fait ressortir leur teinte dominante, en créant parfois des contrastes avec les murs blancs. Parmi les huiles sur toiles se démarquent plusieurs lithographies de la main de Bonnard, lui qui s’était également consacré, en sus de la peinture, aux affiches et au dessin. Cette attention apportée aux lithographies est un des grands plus de l’exposition, qui permet de mettre en lumière une facette souvent délaissée de celui qui fut surtout reconnu pour ses peintures.

Pierre Bonnard,  L'escalier du Cannet,  Musée Granet, wikimedia.org

Pierre Bonnard, L'escalier du Cannet, Musée Granet, wikimedia.org

Le parcours proposé nous amène ensuite vers une salle en forme de trapèze aux murs bleus, parfois saillants, qui font encore ressortir la dominante des toiles.  Cette deuxième étape de l’exposition, plus ou moins chronologiquement ultérieure à la première, est intitulée L’homme et la femme (nus dans l’atelier). Présentant quelques-uns des plus marquants nus réalisés par Bonnard, cette pièce met en lumière l’important travail effectué par l’artiste sur le corps féminin, plus essentiellement sur celui de sa compagne Marthe, qui deviendra pour lui une sorte d’archétype auquel il reviendra toujours. Il continuera d’ailleurs à la peindre avec un corps de jeune femme même lorsque l’âge l’aura rattrapée.

En traversant une arche placée de biais par rapport aux murs principaux, en sortant de la section L’homme et la femme, l’amateur d’art attentif remarquera sur sa droite une impressionnante collection de photographies prises par le peintre qui ont contribué à l’élaboration de plusieurs de ses toiles et qui permettent de visualiser ce que le peintre voulait représenter. Le visiteur entre ensuite dans la prochaine partie de l’exposition qui a pour titre Dialogues spatiaux, une partie importante de l’œuvre de Bonnard qui comprend notamment un nombre important de natures mortes et de scènes d’intérieur, avec souvent des fenêtres en arrière-plan. L’attention de l’artiste s’est plutôt concentrée pour ces tableaux (qui sont datés de 1915 à 1940 environ) sur l’utilisation de l’espace et sur la perspective, se rapprochant ainsi quelque peu du cubisme en incorporant parfois des perspectives différentes.

La dernière partie de l’exposition à proprement parler est consacrée aux œuvres les plus lumineuses de Bonnard, notamment le triptyque Méditerranée commandé par le collectionneur russe Morozov. Bonnard, à la fin de sa vie, s’était installé sur la Côte d’Azur et s’était laissé imprégner par la splendeur de cette magnifique région de la France pour réaliser des toiles à la lumière éclatante qui sont parmi ses toiles les plus remarquables.

Séparée par des saillies triangulaires de l’exposition, comme en aparté, une petite salle avec des bancs et un projecteur. Cette salle permet au visiteur curieux d’en savoir plus sur la vie de l’artiste et de découvrir plus en profondeur la vie du peintre, avec une ligne du temps sur le mur rassemblant les principaux moments dans la vie de Bonnard. Un autoportrait du peintre dans ses dernières années permet de comprendre comment l’artiste se voyait lui-même en fin de vie, avec un regard plein de lucidité. Jetant un éclairage sur les différentes étapes de la vie du peintre qui ont affecté son développement artistique, cette salle conclut adroitement une exposition habilement ficelée, sans fioritures inutiles, qui permet de saisir toute l’ampleur de l’artiste extraordinaire qu’était Bonnard.

(Image : Jozsef Rippl-Rónai, Portrait de Pierre Bonnard, Hungarian National Gallery, wikimedia.org)

Du cantouque à la chanson (2/2)

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