Le mythe du village planétaire

Le mythe du village planétaire

Origines du mythe

L’idée d’une société basée sur la communication apparaît la première fois avec le mathématicien américain Norbert Wiener et son terme de cybernétique. Après la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide, dans une époque gouvernée par la violence et la menace nucléaire, Wiener a eu peur du désordre entropique. Le sentiment d’urgence, une certaine pensée de survie montèrent en lui et l’amenèrent avec un groupe de personnes à imaginer un champ interdisciplinaire qui regrouperait l’ensemble de leurs différents domaines. La création de l’ordinateur en 1945 apporta avec lui de grands espoirs sur une société pacifique où la rationalité dominerait. À partir de 1947-1948, l’idée d’étendre le réseau dans d’autres sphères (politique, analytique et sociale) émergea. La création l’autoroute de la communication ou encore d’Internet promettait des valeurs positives dans un monde de pessimistes. Et ce n’est qu’à partir de 1991, à la suite d’une loi et du dévoilement d’un grand projet nommé NII (National Information Infrastructure) que l’idée d’une société de l’informatique, de la communication, ne vit véritablement le jour, popularisé par ce qui est raconté dans les médias.

Norbert Wiener, père de la cybernétique. 

Un monde unifié, vraiment ?

L’une des bases et l’une des promesses du mythe du village planétaire est de réunir les gens. En effet, l’idée d’une société regroupée autour des technologies de l’information amènerait l’homme à se reconnecter avec sa société. Le philosophe Pierre Lévy parle même d’une  « reconnection globale de l’espèce humaine avec elle-même.[1] » Le meilleur moyen pour unifier de nouveau une société imparfaite est donc d’appliquer le principe de transparence ou tout le monde saurait tout sur tout le monde. Le livre de Philippe Breton, Le culte de l’Internet, mentionne souvent les mots « bulle », « cité de verre » ou encore « maison de verre » pour aider le lecteur à imaginer un monde régi par la transparence. Allant de pair avec la fin des secrets, la nouvelle société propose une nouvelle version de l’homme, beaucoup plus transparent et lumineux, qui sera égal aux autres. Maintenant, si nous jetons un coup d’œil à notre société, où les technologies de l’information ont trouvées une place importante dans nos vies, nous pourrons constater qu’au contraire, l’idée d’être réuni justement grâce à la transparence est fausse. La transparence sert à diviser les gens. Le fait grâce aux médias sociaux de pouvoir retrouver qui que ce soit et de voir ce qu’il écrit sur sa vie en général le rend encore plus vulnérable aux commentaires mesquins. Il y a la véritable création de groupes sur Facebook, par exemple, pour parler en mal d’une personne. La transparence de notre société n’a pas rendu l’homme meilleur, elle lui a donné l’occasion d’exprimer sa méchanceté autrement, dans le confort de sa maison ou dans l’anonymat le plus complet. L’égalité n’est qu’encore qu’un rêve utopique : il y a encore des traces de racisme, de sexisme et d’intimidation sur Internet, sans parler de la place importante des leurres d’enfants qui ont considérablement augmenté au cours des années, passant de 196 cas en 2013 a plus de 357 en 2014. Alors pouvons-nous dire que la transparence présente sur Internet représente l’idéal du mythe du village planétaire ? Pas exactement.

 

(crédit photo : wikicommons)

(crédit photo : wikicommons)

Le petit monde de mensonges

          Dans le monde de Wiener et dans l’idée originale du mythe du village planétaire, le mensonge cesserait d’exister grâce à la transparence. Dans ce monde, la seule vérité serait l’information. Maintenant, si nous jetons un coup d’œil sur la façon dont les technologies sont utilisées dans notre société, nous constaterons que cet idéal de vérité est faux. Juste pour citer l’une des phrases de Philippe Breton dans son livre :« Marr Drudge, l’un des premiers créateurs de journal sur Internet, s’est rendu fameux en lançant des informations sur les relations entre un président des États-Unis et une de ses employées, sans les avoir vérifiées et au nom du principe selon lequel le public était assez grand pour faire lui-même la part des choses.[2] » Il y avait donc, déjà à l’époque, cette opposition à l’idéal du village planétaire concernant la véridicité de l’information transmise. Si nous parlons des cas de notre époque, nous pouvons clairement voir le fossé entre l’image utopique du mythe et celle du monde réel dans le fait que nous ne pouvons pas nous fier à ce qui est raconté sur Internet, car s’il est un outil pour communiquer, c’est un outil fabuleux pour raconter n’importe quoi. Allant a des histoires à tomber par terre totalement improbables, des images retouchées et des faux comptes Internet, le mensonge se sent à des kilomètres à la ronde. Internet donne accès a la personne derrière l’écran de faire ce qu’elle veut, de dire ce qu’elle veut et surtout, le plus dangereux, de devenir qui elle veut. Il ne suffit que d’écouter la série américaine Catfish qui nous présente, à chaque épisode, une histoire de mensonges et de faux compte sur Internet. Ces personnes profitent de la vulnérabilité des gens pour s’amuser ou pour simplement leur extorquer de l’argent. L’un des exemples aux États-Unis de ce genre de vol est celui de Bud Oringdulph qui s’est fait arnaquer pour 2000$ pour l’achat d’une voiture qu’il n’a jamais reçue.

Un monde sans danger

La société montrée par l’utopie du village planétaire est celle d’une société ou non seulement les conflits n’existeraient plus, mais bien aussi le danger. En effet, pour citer Philippe Breton dans son livre L’utopie de la communication-Le mythe du « village planétaire » : « Cette société est sans ennemi humain.[3] » Sommes-nous réellement dans cette idée de paix et de tranquillité telle que louangée par les personnes pour le mythe du village planétaire ? Il ne suffit que de faire quelques recherches sur le piratage pour comprendre que non. Bien qu’il soit dit que : « Les pirates de l’informatique attaquent des sites sur Internet et n’ont pas pour objectif de pirater des données confidentielles : aucun numéro de carte de paiement n’a été détourné, aucun fichier confidentiel n’a été volé.[4] », la menace reste présente. Justement, en 2015, Fiat Chrysler automobiles a dû rappeler plus de 1,4 million de voitures parce qu’elles avaient un risque d’être piratées. D’un autre côté, les grandes régies américaines mettent des petits logiciels dans la mémoire de l’ordinateur des personnes qui se connecte à Internet pour pouvoir, légalement, connaître ses déplacements et connaître ses goûts. Il ne reste plus que la menace du virus, petit logiciel qui se faufile partout et qui représente une véritable terreur au sein de la société, une menace bien réelle. La société d’aujourd’hui ressent les menaces liées à Internet et l’utilisation exagérée du cinéma de celles-ci n’aide certainement pas à croire que nous sommes sur le point de ne plus posséder d’ennemis humains.

Snowden : une vision de notre société

Une des productions culturelles qui peut être mise en relation avec l’objet de ce travail est le film Snowden d’Oliver Stone, sorti en 2016, racontant la vie d’Edward Snowden, ancien employé de la CIA (Central Intelligence Agency) et de la NSA (National Security Agency) qui a rendu public des informations concernant la collecte illégale d’information en 2013. Ce film déconstruit le mythe du village planétaire dans notre société en nous montrant les mensonges du gouvernement. Dans un des moments du film, alors qu’Edward enquête sur un homme, l’un de ses collègues lui montre comment ils peuvent voir en direct ce qui se passe dans une pièce par la caméra de l’ordinateur éteint. Alors que le gouvernement dit agir par prévention contre les attaques terroristes, il met en fait le pays entier sur écoute. Un autre moment du film très révélateur du mensonge des gouvernements est lorsque le sénateur Ron Wyden demande au lieutenant général James Clapper si la NSA collecterait des données sur des centaines de millions d’Américains et que celui répond que « non, elle ne le fait pas sciemment. » Les gouvernements, pas seulement celui des États-Unis, espionnent leurs populations sans que celles-ci ne le sachent. Nous sommes très loin de la société transparente ou les mensonges n’existent plus face à de telles informations.

 Le mythe du village planétaire ne s’applique pas à la société d’aujourd’hui en raison du manque criant d’égalité entre les êtres humains, de l’utilisation des mensonges plutôt que de la disparition de ceux-ci et par le fait que la menace est toujours bien présente et réelle. Bien que nous ayons quelques pistes d’idées qui expliquent pourquoi notre société reste imparfaite, il faut rester réaliste, car dans un monde où l’homme est imparfait, sa société le sera aussi. Il faudrait que nous reconsidérions le mythe du village planétaire comme un idéal impossible à atteindre, mais qui peut continuer à nous inspirer et plutôt travailler sur le développement de l’homme dans sa société si nous voulons que celle-ci se perfectionne

[1] BRETON, Philippe, Le culte de l’Internet-Une menace pour le lien social ?, Paris, Éditions La Découverte, 2000, page 30.

[2] BRETON, Philippe, Le culte de l’Internet-Une menace pour le lien social ?, Paris, Éditions La Découverte, 2000, P.???

[3] BRETON, Philippe, L’utopie de la communication-Le mythe du « village planétaire », Paris, Éditions La Découverte, 1992, p.59.

[4] BRETON, Philippe, Le culte de l’Internet-Une menace pour le lien social ?, Paris, Éditions La Découverte, 2000, p.61.

Le pouvoir de séduction  de Warren Beatty

Le pouvoir de séduction de Warren Beatty

De la culture mur à mur

De la culture mur à mur