Vivre libre ensemble

Vivre libre ensemble

Anaïs Barbeau-Lavalette est certainement l’une des artistes québécoises les plus multidisciplinaires actuellement. Elle porte un intérêt pour plusieurs domaines artistiques, soit le documentaire, le cinéma de fiction et la littérature. En plus de produire des œuvres qui traitent de problématiques sociales, l’artiste prend également part à des projets humanitaires. Son parcours admirablement chargé pourrait être le parcours d’une vie entière, mais la passion de l’artiste la garde sur les rails d’une création qui ne semble pas vouloir l’essouffler.

Barbeau-Lavalette a eu une riche scolarisation : études Internationales à l’UdeM, ainsi qu’à l’INIS, puis à l’université Birzeit, en Palestine. Ses premiers projets sont des documentaires, dont Les Petits princes des bidonvilles, Les Mains du Monde et Si j’avais un chapeau. Si j’avais un chapeau s’est d’ailleurs vu attribuer quelques nominations, ainsi qu’une mention spéciale du jury aux « Journées du cinéma africain et créole des Vues d'Afrique ».

Après avoir mis la main à de multiples documentaires, Barbeau-Lavalette décide de se lancer en cinéma : elle réalise Le ring, son premier long métrage de fiction, en 2007. Cette première expérience de réalisation au grand écran sera très positive pour la cinéaste, puisque le film sera bien reçu par le public, en plus d’être présenté dans plusieurs festivals.  Le long-métrage raconte la vie d’un jeune garçon d’Hochelaga qui souhaite devenir lutteur. Barbeau-Lavalettey aborde le thème de l’enfance, thème omniprésent dans son œuvre. Pour elle, l’enfant représente la franchise et l’espoir : même s’il est confronté à des embûches, il marche vers demain et continue son chemin. Ce type de personnage, associé à une vision positive du futur, sera repris à diverses occasions pendant la carrière de l’artiste.

Barbeau-Lavalette met ensuite la fiction de côté pour revenir temporairement au documentaire. Son conjoint Émile Proulx-Cloutier et elle produiront Les petits géants, en 2009, qui recevra le Prix Gémeaux du Meilleur documentaire. Une fois de plus, le sujet se rapporte à l’enfant, plus précisément à des élèves du primaire d’un quartier défavorisé. Par contre, son documentaire Se souvenir des cendres, réalisé en 2010, et aussi récipiendaire d’un gémeau, aura un sujet différent. Barbeau-Lavalette le réalisera sur le plateau du film Incendies, afin d’interroger et d’observer les artisans du film en production.

Crédit : you tube

Ses parents lui ont transmis, dès son plus jeune âge, la passion du cinéma. Sa première cinématographie coup de cœur a été la cinématographie iranienne, qui a déteint sur son œuvre. L’une des similitudes qu’on reconnait de ce cinéma dans celui de Barbeau-Lavalette est le thème de l’enfant. Elle entre dans le monde enfantin pour présenter les enjeux qui lui tiennent à cœur sous un angle différent. Le personnage de l’enfant permet au spectateur de faire face à la réalité des problématiques, mais d’une façon moins abrupte.

Ces nombreux projets ne font que relancer l’artiste multidisciplinaire, qui, en 2010, publie un premier roman : Je voudrais qu’on m’efface. Comme dans Le ring, l’auteure met en scène des enfants du quartier d’Hochelaga Maisonneuve de Montréal. On y voit leur parcours à travers les diverses problématiques de la vie d’un enfant, desquelles ils s’échappent à l’aide de leur imaginaire.

En 2012, Barbeau-Lavalette réalise son deuxième long métrage de fiction, Inch’Allah. Le film raconte l’histoire d’une jeune québécoise, Chloé, qui part pendant quelques temps en Palestine afin de donner des soins médicinaux aux femmes dans les camps de réfugiés palestiniens.

Par le biais de ces multiples et majeurs projets, la cinéaste et auteure participe également au projet Wapikoni mobile, à la réalisation de vidéoclips, à des conférences, et plus. Dans chacun de ses projets, on reconnait une grande humanité : ses œuvres nous sensibilisent par rapport à des sujets sociaux et sont, en ce sens, essentielles à notre cinéma et littérature québécois.  Avec sa vision de l’art et sa sensibilité, elle cherche à transmettre un message à travers ses œuvres qui sont particulièrement remarquables.

Elle indique vouloir toucher un public assez large, mais elle n’en cible pas un en particulier et ne souhaite pas avoir son nom associé à la gloire absolument. Contrairement à de nombreux artistes qui composent la plateforme actuelle des gens connus, la cinéaste et écrivaine ne tente pas de se démarquer pour gagner de la popularité. Cela ne l’empêche tout de même pas de connaître du succès et de l’apprécier.

En ce sens, son deuxième roman, publié en 2015, La femme qui fuit, a été fort apprécié par les critiques, ainsi que par le public. L’œuvre a d’ailleurs remporté le prestigieux Prix des Libraires de 2016. L’auteure s’intéresse à la vie de sa défunte grand-mère, Suzanne Meloche, qui avait signé le manifeste du Refus Global en 1948. Barbeau-Lavalette tente de raconter la vie de sa grand-mère, en mêlant réalité et fiction. On y voit un effort de comprendre les actions de Suzanne Meloche : l’abandon de ses enfants, sa négligence envers sa carrière, sa vie structurée par l’errance et la fuite. Sans qu’il y ait eu au départ une intention de pardonner les actes de sa grand-mère, l’auteure a pu tirer un trait sur cette histoire et avoir la conscience en paix grâce à l’écriture de ce roman. Une des leçons qu’elle en retire : s’inspirer de ce désir inassouvissable de liberté qui animait sa grand-mère sans pour autant répéter les mêmes actes de rupture. Vivre libre, mais ensemble, telle est sa devise[1].

 

[1] Propos que l'auteure et cinéaste a tenus lors d’une conférence au Cégep de Drummondville en octobre 2016. 

Pierre Bonnard couleur radieuse

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Rouges

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