Le pouvoir de séduction  de Warren Beatty

Le pouvoir de séduction de Warren Beatty

Henry Warren Beatty, un mythe contemporain?

Les mythes traditionnels avaient souvent, à l’époque, un caractère religieux et spirituel. Toutefois, avec l’avancée scientifique, la technologie et la déchéance religieuse, plusieurs croient les mythes disparus de notre société actuelle. Or, leur contenu seulement s’est modifié. Propagés pour la plupart par les médias modernes tels que le cinéma, les émissions télévisuelles et les publicités, ceux-ci répondent toujours, de façon plus subtile, à un besoin essentiel de l’Homme. Les mythes apaisent les craintes, ravivent l’espoir dans le cœur des communautés et façonnent une idéologie partagée par les membres d’une même société, que ce soit un objectif politique ou éducatif. En bref, les mythes contemporains disséminent un rêve collectif, avec, par exemple, le mythe de la jeunesse éternelle ou le mythe de la performance sexuelle. L’image erronée qu’on a eue, et qu’on a préservée, du grand Henry Warren Beaty est du reste une conséquence de ces mentalités manipulées. Le but de ce travail sera de vous prouver qu’ Henry Warren Beaty est devenu le reflet même du mythe de Don Juan, et donc, de la domination masculine. Pour ce faire, je commencerai par vous présenter cet artiste brièvement et j’enchaînerai avec une petite explication du mythe du Don Juan. Ensuite, j’exposerai les conséquences de ces mentalités dans notre société et j’analyserai deux œuvres qui mettent en évidence mon idée.

 

Qui est Henry Warren Beaty déjà ?

          Henry Warren Beaty est né le 30 mars 1937 en Virginie. C’est en 1959 qu’on lui accordera son tout premier rôle dans la série téléviséeThe Many Loves of Dobie Gillis. Par la suite, il deviendra un artiste très polyvalent, combinant le métier d’acteur, de réalisateur et de producteur. Il sera l’un des deux protagonistes du film Bonnie and Clyde. Il en sera également le producteur. Du reste, c’est surtout celui-ci qui propulsera sa carrière à un tout autre niveau. L’un de ses seconds succès est le film Shampoo, une farce sexuelle dont il  est le personnage principal. Il l’interprète, le coécrit avec Robert Towne et s’approprie le rôle de producteur. Or, Heaven Can Wait (Le ciel peut attendre) a eu un succès encore plus flagrant. Ce film lui vaudra justement quatre nominations aux oscars. Finalement, c’est le film Reds qui confirme hors de tout doute son talent comme réalisateur. Toutefois, il a tout de même joué dans quelques échecs d’Hollywood, comme Ishtar. Sa popularité résulte également de ses nombreuses conquêtes, passant de Johan Collins, à Julie Christie, à Nathalie Wood, et même à sa sœur Lana Wood. Les plus grands noms de célébrités féminines ne cessent de défiler dans ce décompte fascinant.

 

Le mythe du Don Juan

Manifestement, leDon Juan est un mythe qui charmera les époques et qui réussira à marquer les esprits encore aujourd’hui. Depuis la création de son personnage, le Don Juan est admiré par les hommes tout simplement parce qu’il s’avère libre d’écouter le désir qui le tenaille et de le satisfaire. Cette capacité à exécuter ses moindres envies sans jamais être confronté à un châtiment quelconque fait de lui un être qui suscite l’envie. Toutefois, il représente surtout le désir de l’homme de soumettre la femme par la seule force de ses mots et de la tenir captive de son charme. Effectivement, on réalise « qu’il y avait quelque sournoise misogynie à voir dans toutes ces femmes […] des victimes trop crédules, séduites en un tour de main et réduites ensuite à un désespoir irrémédiable par la disparition du seul homme qui ait jamais compté pour chacune d'entre elles[1] ». En fait, avec l’apparition du féminisme, le mythe du Don Juan s’évertue à maintenir la femme en situation d’infériorité. Ce n’est qu’un moyen parmi tant d’autres pour s’efforcer de certifier qu’un sexe maîtrise l’autre. Finalement, il devient de plus en plus évident que le « concept de séduction n’existe pas hors de la convocation de la figure de Don Juan et celui-ci est donc au centre même de toute pensée sur l’acte de séduire, d’avoir emprise sur l’autre [2]».

 

Henry Warren Beatty, un Don Juan?

Henry Warren Beatty a été grandement admiré parce qu’il avait toutes les plus belles femmes à sa portée. Ces célébrités féminines paraissaient souvent inaccessibles aux yeux des hommes « moins connus ». Le fait que l’un d’entre eux puisse alors séduire ces femmes était rassurant, notamment parce que c’était Henry Warren Beaty le bourreau des cœurs et non la femme en question. Résultat, plusieurs hommes voulaient être comme lui. Des auteurs ont même écrit des livres qui ont suscité un vif intérêt avec des titres tels que « How Warren Beatty seduced America». Malheureusement, son génie fut éclipsé par sa réputation de « playboy ». On ne l’admirait pas nécessairement pour ses performances intellectuelles et artistiques, mais bien pour ses nombreuses conquêtes. En effet, il disparut de l’actualité médiatique dès le moment où il s’éprit d’Annette Bening. Très tôt, on le qualifia de « légende » et de véritable Don Juan.  Surtout, il apparaît de plus en plus évident qu’Henry Warren Beaty exprime la domination masculine grâce à la séduction. Il ne fait que renforcer le stéréotype de la femme soumise, qui s’avère surtout flatteur pour l’égo masculin. Il transforme la séduction en synonyme de domination, renforçant l’idéologie selon laquelle plus tu séduis, plus tu possèdes et plus tu es puissant. La séduction ne devient alors qu’un rapport de force. C’est pourquoi, à travers les époques, les femmes, comme les hommes, tenteront de débattre et de prouver qui triomphe dans cette lutte de pouvoir. Voilà qui pourrait également expliquer la grande popularité du mythe opposé, soit le mythe de la femme fatale. Qui, entre Henry Warren Beatty et Marylin Monroe, était le véritable séducteur, le bourreau des cœurs? Qui, de l’homme ou de la femme, détient le plus grand pouvoir sur le second sexe?

 Il est à préciser toutefois que le mythe du Don Juan n’est qu’une illusion de domination. En effet, comme le prétend Warren Farrell : « le pouvoir passe d’abord par la capacité de contrôler sa propre vie[3] ».  En ce sens, le Don Juan typique serait donc en fait un être soumis, sachant qu’il ne peut résister à ses pulsions et à ses désirs.

 

Un livre troublant

          Peter Bisking, biographe de Henry Warren Beatty, a écrit un livre qui se nomme «  How Warren Beatty seduced America ». Dans ce même livre, il prétend qu’ Henry Warren Beaty aurait couché avec 12775 femmes ! Même si Monsieur Beaty avait accusé son bibliographe d’avoir transmis des informations erronées, on comprend que des individus se questionnent sur son nombre de conquêtes et sont même prêts à croire un chiffre aussi absurde. Voilà qui les amuse et qui les conforte. Étrangement, une telle accusation à l’encontre d’une femme quelconque aurait généré des réactions et des commentaires véhéments. On perçoit également comment les femmes sont ici considérées comme un simple chiffre qui suffit à compléter le tableau de chasse d’un homme redoutablement charmant. Ici encore, inconsciemment, la femme est rabaissée par rapport au grand Henry Warren Beaty. De plus, Peter Bisking, dans son livre, le représente comme un homme puissant à Hollywood. Selon lui, il exercerait un grand contrôle commercial et politique à l’époque, le tout grâce à son charme et à ses belles paroles. Tout son succès ne serait alors que le résultat de son charme, son arme redoutable. Voilà ce qui en fait un Don Juan pour plusieurs et qui explique l’image que l’on a de lui aujourd’hui.

 

Un film très représentatif

Le film Shampoo, dont le personnage principal est justement Henry Warren Beatty, est très représentatif de l’image que la population avait de lui à cette époque. Il interprétait un coiffeur talentueux, très séduisant et particulièrement charmeur. Son personnage, du nom de George Roundy, utilisait ses diverses capacités pour courtiser et pour s’emparer du cœur de ses nombreuses clientes. En résumé, le film présente un jeune homme refusant de s’attacher et exerçant un semblant de pouvoir sur toutes ces femmes. C’est lui qui possède le contrôle de la relation. C’est ce qui fait de lui un personnage aux allures dominantes.  En effet, ila, d’une certaine façon, la possibilité de jouer avec leurs sentiments, de les blesser. La séduction n’est pour lui qu’un jeu, qu’un défi. Il veut conquérir. C’est aussi un jeune homme grandement ambitieux, jamais satisfait de ce qu’il possède. Il est l’incarnation même du Don Juan.

 

          Pour conclure, Henry Warren Beatty semble l’incarnation même du mythe du Don Juan. En ce sens, il représente donc la domination masculine en utilisant la séduction pour exprimer son pouvoir. En établissant des liens entre le mythe du Don Juan et l’individu médiatisé qu’est devenu Henry Warren Beaty, il devient évident que la popularité et l’admiration de ces deux personnages proviennent du fait qu’ils maintiennent la femme en situation d’infériorité. Toutefois, ce mythe contemporain at-il été créé afin d’apaiser une crainte quelconque ou afin de fonder un rêve collectif, plus précisément un objectif collectif? Je crois fortement qu’il révèle une crainte de la gent masculine de voir la femme prendre le contrôle, et d’ainsi se retrouver impuissant. Cette crainte s’est certainement envenimée avec l’apparition du féminisme. Le mythe tente peut-être seulement de les rassurer…

 

[1] LAZARIDÈS Alexandre, « Autour du mythe de Don Juan », revue de théâtre, n°63, (1992), p.65 à 68, dans Érudit

https://www.erudit.org/culture/jeu1060667/jeu1070379/27974ac.pdf  (consulté le 4 décembre 2016)

[2] MAVRIKAKIS Catherine et OBERHUBER Andrea, « Don Juan, une figure à visage double », Université de Montréal, Revue de littérature et d'art modernes, dansMuseMedusa

 

 http://musemedusa.com/dossier_2/oberhuber_mavrikakis/ (consulté le 4 décembre 2016)

 

[3]FEREDAY Jacques, « Sur Warren Farell, Le mythe de la domination masculine», dans le Journal français de psychiatrie, n°40, (2011) p.48

 

https://www.cairn.info/revue-journal-francais-de-psychiatrie-2011-1-page-31.htm (consulté le 4 décembre 2016)

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