Les maisons : emménager dans la tête de Tessa

Les maisons : emménager dans la tête de Tessa

Les maisons est un roman Fanny Britt, publié en 2016 aux éditions Cheval d’août. Le livre met en scène Tessa, une mère mariée et agente d’immeubles. Lorsque Tessa visite une maison afin de la vendre, elle réalise qu’il s’agit de celle de son premier amour de jeunesse, Francis. L’obligation de reprendre contact avec cet homme la force à replonger dans son passé, puisque Francis la ramène à une époque révolue. Dans l’attente insoutenable d’un souper de « retrouvailles », le lecteur apprend à connaître la narratrice par le biais de diverses anecdotes liées à sa famille, expériences, ambitions de jeunesse et plus encore.

Britt construit un personnage principal à vision interne, dont les pensées sont sans cesse exposées dans le récit. Les propos, actions et réactions de Tessa en révèlent beaucoup sur sa personnalité. D’ailleurs, son trait de caractère le plus marquant concerne certainement sa manie de se comparer à toutes les femmes qu’elle côtoie, connues ou inconnues. En psychocritique, ce phénomène se classe dans la catégorie des marques d’identification, plus précisément nommé « reconnaissance de l’autre soi ». Les rapprochements que fait Tessa peuvent survenir dans sa vie privée et même professionnelle. À un moment, elle rencontre un couple dont elle vend la maison et établit des parallèles entre elle et sa cliente Tanya (prénom qui ressemble étrangement à Tessa). Elle le fait après que Tanya lui ait gentiment offert un pot de confiture maison, en demandant si ses enfants aiment ça : « Je la remercie, ''oui, ils adorent ça'', et je suis surprise, au moment de glisser le pot dans mon sac, d’avoir la gorge nouée et les yeux aveuglés de larmes. Cette fille, bardée de désirs simples et fondamentaux me bouleverse, me renvoie à ma propre noirceur » (p. 61). Ici, malgré la bonté de la situation, Tessa se retrouve émue d’une façon qui ne semble pas positive. Cette réaction témoigne de la grande sensibilité de la narratrice, qui se remet en question chaque minute de sa vie. La gentillesse de Tanya la flatte, mais elle va plus loin : elle souligne que ce geste lui rappelle sa « propre noirceur ». Ainsi, on comprend que la narratrice peine à s’accepter telle qu’elle est, car elle met constamment en relief ce que les autres ont, mais qu’elle n’a pas. Fanny Britt offre donc un personnage fortement bien caractérisé, puisque la récurrence de ce genre d’évènements illustre clairement ses angoisses.

La psychocritique peut également être abordée en considérant les expériences oniriques des personnages. Un passage du roman relate un rêve de Tessa mettant en scène son défunt frère, Étienne, et son ancien amant, Francis. Les deux hommes se baignent dans un lac et interpellent Tessa afin qu’elle vienne les rejoindre dans « l’eau des morts » : « Je restais sur la rive et criais à Francis que c’était bien l’excuse la plus faux-cul que j’avais entendue, se sauver de la vie parce qu’on veut se sauver d’une fille, hostie de lâche du câlisse, mais mes cris ne quittaient pas ma bouche, j’avais la tête pâteuse et les paupières tombantes (…) » (p. 171) À son réveil, Tessa évoque une douleur physique et se met à pleurer. L’intensité du rêve montre à quel point le personnage est tourmenté par la mort de son frère et sa rupture passée avec Francis. Le rêve permet de soulever les préoccupations d’un individu et dans ce cas-ci, le choix est pertinent, puisqu’il s’agit d’une situation évocatrice qui n’aurait pu être présentée dans la réalité. Ainsi, on confirme le deuil difficile de Tessa et son incapacité à tourner la page. Le roman ne présente pas d’autres rêves et c’est satisfaisant ainsi, parce qu’une surutilisation de la vie onirique enlèverait de la subtilité aux indices que veut insérer l’auteur sur ses personnages. En ce sens, Britt utilise habilement le rêve pour montrer que Tessa alimente de profonds tourments sur certains sujets.

En définitive, Les maisons de Fanny Britt est un roman riche quand on l’évalue en fonction de la caractérisation de sa protagoniste Tessa. Il est intéressant d’analyser sa psychologie à l’aide de la psychocritique. Par contre, l’écriture excessivement thérapeutique de Britt exclut rapidement le lecteur du récit et le perd dans la tête de sa protagoniste.

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